Le Vibe Coding : Quand la passion du développeur retrouve l'Intelligence Artificielle
Ce premier article de blog de 2026 aborde un sujet qui me tient particulièrement à cœur, à l'intersection de mes quarante ans d'expérience dans le développement logiciel et de l'évolution fulgurante de la technologie : le Vibe coding.
Mon parcours de programmeur a débuté il y a plus de quarante ans, à l'âge de neuf ans. En tant qu'ingénieur chercheur aujourd'hui, je contemple ce chemin avec une certaine nostalgie. Comme beaucoup de ma génération, mes premières lignes de code furent écrites en Basic sur un Commodore 64, puis sur le mythique Amstrad CPC 6128. C'est d'ailleurs sur ce dernier que j'ai découvert la programmation en assembleur, un langage bas niveau qui m'a procuré ma première poussée d'adrénaline de développeur en permettant de comprendre le fonctionnement intime de la machine et d'en optimiser les performances.
L'évolution m'a ensuite naturellement conduit vers la plateforme PC, où j'ai pu approfondir mes connaissances. J'ai consacré de longues heures à maîtriser le C et le C++, des piliers de l'ingénierie logicielle, tout en explorant le Pascal et en continuant les optimisations critiques avec l'assembleur.
Aujourd'hui, après plus de quatre décennies à coder, nous vivons une période absolument exaltante. Le domaine de la programmation est en pleine mutation, principalement en raison de l'émergence et de l'ascension spectaculaire des grands modèles de langage (LLM). Leurs capacités progressent à un rythme que personne n'aurait pu anticiper il y a quelques années. Ces outils ne sont plus de simples assistants ; ils redéfinissent notre interaction avec le code et la logique.
C'est dans ce contexte que j'ai commencé à intégrer ces nouveaux outils dans mon flux de travail personnel, adoptant notamment VS Code pour mes projets. Cependant, une distinction importante s'impose : par stricte nécessité de sécurité et de confidentialité inhérente à mon rôle d'ingénieur chercheur, je n'utilise aucun de ces outils basés sur le cloud ou l'IA générative pour le code dans un contexte professionnel, afin de protéger la propriété intellectuelle et les données.
Le « Vibe coding » se situe précisément à cette intersection. Il ne s'agit pas seulement d'utiliser l'IA pour générer du code, mais de retrouver cette connexion intuitive et profonde avec la logique du programme que j'ai connue enfant. Loin de nous aliéner, les LLM nous libèrent des tâches répétitives pour nous permettre de nous concentrer sur la conception architecturale et la résolution créative de problèmes, les aspects les plus nobles et stimulants du développement. Le Vibe coding, c'est l'art de laisser l'IA gérer la syntaxe et les implémentations courantes, tout en gardant une maîtrise ferme sur le « sens » et la « finalité » du code, renouant ainsi avec le plaisir originel de la création algorithmique.
Néanmoins, il est crucial de souligner que le Vibe coding n'est pour l'instant qu'un outil d'amélioration, et non un remplacement du développeur. Il exige une maîtrise de l'architecture du code sur lequel on travaille et une capacité à lire et comprendre ce que l'IA produit.
Parallèlement à l'évolution des outils de développement, on assiste à l'émergence exponentielle de milliers de logiciels et d'applications développés par des individus n'ayant aucune formation formelle ou connaissance approfondie en développement logiciel, ni même en sécurité informatique. Bien que cette démocratisation de la création logicielle puisse initialement paraître comme un progrès positif et une ouverture vers l'innovation pour tous, elle soulève un risque fondamental majeur et critique concernant la sécurité des données, la confidentialité et l'intégrité des systèmes.
Ces "créateurs de logiciels", souvent appelés "citoyens développeurs" ou utilisant des techniques de "low-code" ou "no-code" (et bientôt le "vibe coding" par simple description textuelle), sont désormais capables de produire des outils visuellement très attractifs, ergonomiques, et d'un aspect professionnel trompeur. Cependant, derrière cette façade soignée, se cache une ignorance totale ou partielle des implications sécuritaires fondamentales de leurs créations. Ils n'intègrent pas les meilleures pratiques en matière de protection des données, de gestion des vulnérabilités, d'authentification robuste ou de chiffrement adéquat.
L'utilisation, même occasionnelle, de tels logiciels représente donc un risque important pour vos données personnelles et professionnelles, ainsi que pour votre vie privée. Sans audits de sécurité, sans connaissance des failles potentielles (comme les injections SQL, les cross-site scripting, ou le manque de validation des entrées), ces applications deviennent des portes ouvertes pour les acteurs malveillants, compromettant potentiellement informations bancaires, identités numériques, communications privées et bien plus encore.
Face à cette vague, la question de l'avenir pour les jeunes ingénieurs et développeurs formés se pose légitimement. Je ne sais pas encore comment les choses vont évoluer. Je pense qu’après une vague initiale d’enthousiasme démesuré, où tout un chacun pourrait croire qu’il suffit de dicter en quelques mots à une machine le logiciel complet qu’on souhaite obtenir, le mur de la réalité technique, et surtout le mur de la sécurité et de la fiabilité, va inéluctablement replacer les choses à leurs justes places.
Tout comme l’invention de l’imprimerie n’a pas rendu les écrivains obsolètes, mais a transformé leur diffusion, tout comme l’apparition de la machine à écrire, puis l'avènement des traitements de textes sophistiqués, n’ont pas remplacé la nécessité du talent littéraire et de la structure narrative, le "vibe coding" ou toute autre forme de développement assisté par IA ne remplacera pas les développeurs logiciels professionnels et les ingénieurs qualifiés. Au contraire, ces technologies les rendront tout simplement plus efficaces, en automatisant les tâches répétitives et en leur permettant de se concentrer sur l'architecture complexe, l'optimisation des performances, et surtout, la sécurité critique et l'innovation de haut niveau. Le rôle de l'ingénieur évoluera vers celui de l'architecte, du spécialiste en sécurité, et du garant de la qualité et de la robustesse des systèmes.